mardi 29 avril 2014

1720: Enfants, femmes et vagabonds sont arrêtés arbitrairement pour être expédiés dans la colonie du Mississippi

La colère parisienne couve depuis plusieurs semaines, voire depuis plusieurs mois, avant d'éclater le lundi 29 avril 1720. Des centaines d'artisans, de portefaix, de domestiques, de commerçants se rassemblent aux carrefours armés de bûches, pavés, bâtons, outils et épées en guise d'armes. Le gibier devient chasseur. La chasse aux archers du guet et aux exempts de l'armée est ouverte. Dès que l'un d'eux est attrapé, il est massacré. À la fin du jour, une dizaine de représentants de la loi font déjà la queue devant saint Pierre, et plusieurs centaines ont été blessés par la foule en colère. La rue Saint-Antoine et le pont Notre-Dame ont connu les plus sanglantes échauffourées. De Lisle, greffier au Parlement de Paris, donne l'explication de la colère populaire : "La populace s'était soulevée dans différents quartiers de la ville contre un grand nombre d'archers ou gens préposés pour prendre les vagabonds et gens sans aveu pour les conduire à Mississipi (orthographe du XVIIIe siècle, NDLR) parce que sous ce prétexte ils arrêtaient depuis quelques jours toutes sortes de personnes sans distinction, hommes, femmes, filles, garçons, et de tous âges, pour les y faire conduire aussi pour peupler le pays." 
Voici le fond de l'affaire, la raison de l'ire parisienne : la Compagnie des Indes (ou encore Compagnie de Mississipi) appartenant au financier John Law a besoin de centaines, de milliers de colons. Or, l'appel au volontariat ne donne pas grand-chose. La Compagnie a beau soudoyer les journalistes de son temps pour publier des articles vantant la vie de colon, le rêve américain ne prend pas. Un autre témoin du temps, Mathieu Marais, écrit : "Il semble que l'on veuille faire sortir tous les Français de leur pays pour aller là." S'il n'y a pas de volontaires, il y a toujours la possibilité de déporter les pauvres bougres croupissant dans les prisons ! Ils ne sont pas suffisamment nombreux ? Pas grave, c'est tellement facile de remplir les prisons. 

Des dizaines de milliers de SDF

Copain comme cochon avec Philippe d'Orléans, régent de France, John Law obtient la publication de l'ordonnance royale du 10 mars 1720 prescrivant l'arrestation de tous les pauvres hères de la capitale sans domicile fixe. Ils sont des dizaines de milliers dans ce cas ! À l'époque, les SDF grouillent dans la ville. Les archers du guet ne savent plus où donner de la tête. Mais cela ne suffit pas. Le 28 mars, une nouvelle ordonnance menace les domestiques, les gens sans aveu et les artisans qui agiotent rue Quincampoix d'être expédiés, eux aussi, en Louisiane et dans le Mississippi s'ils continuent à spéculer en bas du domicile de Law. Il faut dire qu'une spéculation effrénée se déroule dans la rue où les esprits enfiévrés par l'espoir d'un gain d'argent achètent et vendent les actions de la Compagnie des Indes. En une journée, des domestiques deviennent bien plus riches que leur maître, tandis que d'autres spéculateurs sont ruinés. Pour stimuler l'ardeur des archers et exempts, la Compagnie des Indes offre une pistole par personne livrée outre leur solde quotidienne de vingt sols. Inutile de dire que les arrestations se multiplient. Et tant qu'à faire, autant attraper des gosses pour ménager sa peine. D'où la colère des Parisiens.
À la date du 14 août 1719, dans le Journal de la régence, Jean Buvat écrit : "On tira des hôpitaux de Bicêtre et de la Salpêtrière cinq cents jeunes gens des deux sexes pour les embarquer à la Rochelle et les transporter au Mississipi. Les filles étaient dans des charrettes et les garçons allaient à pied, avec une escorte de trente-deux archers."
En septembre, Buvat note encore : "On apprit aussi de La Rochelle que les cent cinquante filles qu'on y avait envoyées de Paris pour être transportées au Mississipi s'étaient jetées comme des furies sur les archers, leur arrachant les cheveux, les mordant et leur donnant des coups de poing, ce qui avait obligé les archers à tirer sur ces pauvres créatures, dont six avaient été tuées et douze blessées ; ce qui avait intimidé les autres de telle sorte qu'elles se laissèrent embarquer." Les prostituées, très nombreuses à cette époque, constituent également un gibier très recherché. Jean Buvat indique encore que les autorités parisiennes ont offert la possibilité à 180 filles ramassées sur le pavé de Paris de se choisir un époux parmi les hommes de la prison du même prieuré. "Après laquelle cérémonie, on les fit partir liés d'une petite chaîne deux à deux, le mari avec la femme, suivis de trois charrettes chargées de leurs hardes, escortés par vingt archers, pour les conduire à La Rochelle et de là être transportés au Mississipi, dans l'espérance d'une meilleure fortune."

Arrestations arbitraires

On comprend que ces arrestations arbitraires et les déportations de masse révoltèrent le bon peuple de Paris. "Personne n'osait sortir pour ses affaires ou pour gagner sa vie, même les gens de métier et les domestiques dont plusieurs avaient été arrêtés, n'étant pas en sûreté hors de chez soi", ajoute Buvat.
Le mardi 30 avril, les émeutes reprennent. Des archers sont pris à partie rue du Roi-de-Sicile. L'un est tué et les autres blessés. Le procureur général du roi se rend au Parlement pour expliquer aux magistrats que les archers et les exempts ont reçu l'ordre "d'arrêter les vagabonds et gens sans aveu, dont le nombre augmentait tous les jours dans la capitale". Il admet aussi que des arrestations arbitraires ont pu être faites. Du coup, un projet d'ordonnance royale est rédigé à la hâte pour permettre aux personnes victimes d'une arrestation arbitraire d'être entendues dans leur prison par un commissaire ou officier de police, tous les jours à midi. Et c'est le garde des Sceaux, en personne, qui statuera sur le bien-fondé de la plainte. L'ordonnance prévoit aussi une réorganisation des conditions d'arrestation par les archers. Le lieutenant de police demande enfin aux corps des artisans et des marchands de Paris de lui fournir la liste exacte des "enfants, des garçons de boutique et des apprentis" afin d'éviter toute erreur lors des arrestations à venir. Ces décisions font revenir le calme dans Paris. Mais cela ne fait que déplacer le problème, car les archers et les exempts se mettent alors à écumer les campagnes ceinturant la capitale pour continuer à alimenter les colonies. Le 15 juin, une nouvelle ordonnance "portant défense d'arrêter et d'inquiéter les habitants de la campagne et gens de profession" est publiée. 
Le Point

jeudi 27 mars 2014

"Des GI's et des femmes", le débarquement viril qui fait scandale

Cette semaine, le coup de cœur de Christophe Ono-dit-Biot est un essai historique. Ce livre va nous faire voir l'histoire autrement puisqu'il jette un gros pavé dans la marre des festivités qui commémoreront le débarquement américain en Normandie. Ce livre a déjà suscité une polémique aux Etats-Unis puisqu'il dévoile une face obscure du débarquement.


"Des GI's et des femmes : Amours, viols et prostitution à la Libération" de Mary Louise© Seuil
Cette spécialiste de l'histoire des femmes écrit que les militaires se sont comportés comme des brutes et qu'il y a donc eu beaucoup de viols. Elle se base sur des faits comme au Havre, ville qui a vu passer près de 4 millions de soldats. Un habitant décrit ainsi la ville comme un "Far West". Le magazineStars and Strippes aurait par ailleurs participé au conditionnement des GI's en présentant les Françaises comme des femmes disponibles et le Français comme ayant perdu toute virilité. Mary Louise Roberts rappelle donc que ce débarquement était un raz-de-marée sexuel.
"Des GI's et des femmes : Amours, viols et prostitution à la Libération" de Mary Louise Roberts, publié au Seuil

dimanche 23 février 2014

Most commonly spoken languages in US after English & Spanish

jeudi 13 février 2014

Aux Etats-Unis, la francophobie n'a pas disparu

Selon un sondage Gallup, la cote de la France aux Etats-Unis atteint 78 % d'opinions favorables. Un regain d'amour qui n'efface toutefois pas la vieille rancœur que nourrit la société américaine à l'encontre des Frenchies.
(...)
Comme je l'ai écrit dans The Atlantic dans un article paru en 2012 – inspiré par les commentaires politiques selon lesquels Mitt Romney avait commis une grave erreur en glissant, au détour d'une phrase, que la France était un pays agréable – l'hostilité des Américains à l'égard de la France et des Français est si profondément enracinée - et si déroutante - qu'elle a donné naissance à une microlittérature universitaire visant à en établir l'origine.
Il ne peut y avoir qu'un numéro un
Certains de ces travaux soutiennent que les éléments censés rapprocher la France et les Etats-Unis - des valeurs culturelles partagées, des régimes politiques quasiment identiques, un passé militaire commun au Vietnam et dans les guerres mondiales - ne font en réalité que creuser le fossé qui les sépare.
Les systèmes politico-culturels américain et français sont universalistes, ce qui veut dire que chacun de nous part du principe que son système est si parfait que le reste du monde devrait l'adopter. Et nos deux pays se posent en inventeurs et en champions de ces idéaux démocratiques. Or, il ne peut y avoir qu'un seul numéro un. Etant fondamentalement exclusifs, les postulats français et américains peuvent entraîner un sentiment très réciproque de rancœur et de dédain. La paternité de cette thèse dite "des deux universalismes" est attribuée aux universitaires français Pierre Bourdieu et Stanley Hoffman.
L'historien [français] Justin Vaïsse, à l'inverse, défend l'idée que c'est l'absence de communauté franco-américaine forte et soudée qui explique l'enracinement profond de l'hostilité antifrançaise des Américains. Si l'on éprouve aussi peu de honte à brocarder les Français, analyse-t-il, c'est parce qu'il n'y a pas grand monde qui en prendrait ombrage aux Etats-Unis.
Aucun événement ou dynamique ne peut expliquer cette hostilité curieusement tenace entre deux sociétés qui ont tant de points communs. Je suis toujours surpris de l'importance que l'on accorde aux efforts consentis par la France après la Seconde guerre mondiale pour concilier son passé de grande puissance et son nouveau statut nettement plus modeste. La France a été l'une des grandes puissances mondiales pendant plus de 200 ans, faisant jeu égal avec les empires britannique et ottoman, et a peut-être même été la plus grande l'espace de quelques années, aux grandes heures de l'époque napoléonienne.
La domination anglo-saxonne
La Seconde guerre mondiale et la disparition du colonialisme européen qu'elle a entraînée n'ont pas seulement humilié la France et affaibli son pouvoir. Ces événements ont également rebattu les cartes à l'échelle mondiale, reléguant la France à un statut de second ordre dont elle risque de ne plus jamais se défaire. La guerre froide a divisé la planète en deux blocs, l'Est et l'Ouest, cette dernière région étant dominée par la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. La France voyait ces deux pays comme les deux facettes d'une même pièce anglo-saxonne ; à ses yeux, l'alliance occidentale n'était pas un partenariat d'égal à égal entre les puissances occidentales, mais une forme de domination du monde anglophone. L'Hexagone avait l'impression d'être dépossédé de son statut de grande puissance.
Ce qui l'a amenée à concevoir, dans les années 1950 et jusqu'au début des années 1970, une politique extérieure qui écartait délibérément les autres pays occidentaux, en particulier les Etats-Unis. En 1966, elle s'est retirée du commandement intégré de l'OTAN et a fait fermer le siège de l'organisation à Paris, déclenchant une crise au sein de l'alliance occidentale à une époque marquée par de vives tensions entre les deux blocs.
La France ne veut pas être un acteur de seconde catégorie
Elle a aidé Israël à mettre sur pied un programme nucléaire dans le dos des autres pays malgré les protestations insistantes des Américains. Charles De Gaulle a même qualifié le programme nucléaire français de "stratégie de défense dans toutes les directions" et a fait circuler ses ogives dans le pays en permanence, laissant ainsi entendre qu'il était prêt à s'en servir pour se "défendre" contre d'autres pays occidentaux.
Et le feuilleton a continué. Si la France ne pouvait pas reprendre possession de son statut passé, elle pouvait au moins faire savoir à ses citoyens et au monde qu'elle n'était pas un acteur de seconde catégorie à la botte d'un ordre occidental gouverné par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Elle n'était peut-être plus une grande puissance, mais elle avait encore son propre pouvoir.
Le succès des saillies antifrançaises des Simpson n'est sans doute pas lié à l'hostilité des Américains vis-à-vis de la politique nucléaire française du général de Gaulle. Mais les quelque vingt années qui viennent de s'écouler, marquées par des tensions franco-américaines bien réelles et par les efforts volontaristes de la France pour se démarquer d'un ordre occidental dominé par les Etats-Unis, ont peut-être contribué à insinuer l'idée selon laquelle la France occupe une place véritablement singulière. Même s'il est probable que cette singularité ne soit pas celle que souhaitaient des gens comme De Gaulle. Or cette vision de la France pourrait perdurer.

http://www.courrierinternational.com/article/2014/02/13/aux-etats-unis-la-francophobie-n-a-pas-disparu?

mardi 11 février 2014

Obama went so far as to say that the U.S.-French alliance dating back more than two centuries, "has never been stronger."

U.S. President Barack Obama (R) and French President Francois Hollande address a joint news conference in the East Room of the White House in Washington, February 11, 2014. REUTERS/Gary Cameron
U.S. President Barack Obama (R) and French President Francois Hollande address a joint news conference in the East Room of the White House in Washington, February 11, 2014.
CREDIT: REUTERS/GARY CAMERON

(Reuters) - There were no "freedom fries" or any other remembrances from strained Franco-American ties in the past. Instead, it was dry-aged beef and plenty of bonhomie as President Barack Obama gave a lavish welcome to French President Francois Hollande.
Obama went out of his way to welcome Hollande at the White House on Tuesday, saying a few words in passable French, teasing the Frenchman for his formality and toying with the notion that U.S. ties with France are as close as they are with old ally Britain.
"It is always a pleasure to host Francois," Obama said at a joint news conference after wishing reporters a "bon apres-midi," which is French for good afternoon.
At a G8 summit at Camp David two years ago, Obama noted with a smile, "I was trying to make the summit casual, and Francois in true French style showed up in a necktie. We tried to get him to take it off."
Hollande was equally effusive, referring to "Mr. President, dear Barack."
The chumminess was not unexpected coming from two leaders who tend to see issues from the same leftward view. Obama went so far as to say that the U.S.-French alliance dating back more than two centuries, "has never been stronger."
Still, it was a noted difference from a decade ago when the Iraq war strained relations between the two countries, a time when "freedom fries" replaced French fries as a popular side dish in some American eateries.
"Let's just say that we've come a long way from 'freedom fries,'" said a senior Obama administration official.
Indeed, the menu for the state dinner featuring 350 guests in a heated tent on the White House South Lawn later on Tuesday will include dry-aged rib eye beef and American wines.
That Hollande showed up "tout seul," or all alone, was not talked about publicly. (...)
http://www.reuters.com/article/2014/02/11/us-usa-france-obama-hollande-idUSBREA1A24L20140211?