jeudi 27 mars 2014

"Des GI's et des femmes", le débarquement viril qui fait scandale

Cette semaine, le coup de cœur de Christophe Ono-dit-Biot est un essai historique. Ce livre va nous faire voir l'histoire autrement puisqu'il jette un gros pavé dans la marre des festivités qui commémoreront le débarquement américain en Normandie. Ce livre a déjà suscité une polémique aux Etats-Unis puisqu'il dévoile une face obscure du débarquement.


"Des GI's et des femmes : Amours, viols et prostitution à la Libération" de Mary Louise© Seuil
Cette spécialiste de l'histoire des femmes écrit que les militaires se sont comportés comme des brutes et qu'il y a donc eu beaucoup de viols. Elle se base sur des faits comme au Havre, ville qui a vu passer près de 4 millions de soldats. Un habitant décrit ainsi la ville comme un "Far West". Le magazineStars and Strippes aurait par ailleurs participé au conditionnement des GI's en présentant les Françaises comme des femmes disponibles et le Français comme ayant perdu toute virilité. Mary Louise Roberts rappelle donc que ce débarquement était un raz-de-marée sexuel.
"Des GI's et des femmes : Amours, viols et prostitution à la Libération" de Mary Louise Roberts, publié au Seuil

dimanche 23 février 2014

Most commonly spoken languages in US after English & Spanish

jeudi 13 février 2014

Aux Etats-Unis, la francophobie n'a pas disparu

Selon un sondage Gallup, la cote de la France aux Etats-Unis atteint 78 % d'opinions favorables. Un regain d'amour qui n'efface toutefois pas la vieille rancœur que nourrit la société américaine à l'encontre des Frenchies.
(...)
Comme je l'ai écrit dans The Atlantic dans un article paru en 2012 – inspiré par les commentaires politiques selon lesquels Mitt Romney avait commis une grave erreur en glissant, au détour d'une phrase, que la France était un pays agréable – l'hostilité des Américains à l'égard de la France et des Français est si profondément enracinée - et si déroutante - qu'elle a donné naissance à une microlittérature universitaire visant à en établir l'origine.
Il ne peut y avoir qu'un numéro un
Certains de ces travaux soutiennent que les éléments censés rapprocher la France et les Etats-Unis - des valeurs culturelles partagées, des régimes politiques quasiment identiques, un passé militaire commun au Vietnam et dans les guerres mondiales - ne font en réalité que creuser le fossé qui les sépare.
Les systèmes politico-culturels américain et français sont universalistes, ce qui veut dire que chacun de nous part du principe que son système est si parfait que le reste du monde devrait l'adopter. Et nos deux pays se posent en inventeurs et en champions de ces idéaux démocratiques. Or, il ne peut y avoir qu'un seul numéro un. Etant fondamentalement exclusifs, les postulats français et américains peuvent entraîner un sentiment très réciproque de rancœur et de dédain. La paternité de cette thèse dite "des deux universalismes" est attribuée aux universitaires français Pierre Bourdieu et Stanley Hoffman.
L'historien [français] Justin Vaïsse, à l'inverse, défend l'idée que c'est l'absence de communauté franco-américaine forte et soudée qui explique l'enracinement profond de l'hostilité antifrançaise des Américains. Si l'on éprouve aussi peu de honte à brocarder les Français, analyse-t-il, c'est parce qu'il n'y a pas grand monde qui en prendrait ombrage aux Etats-Unis.
Aucun événement ou dynamique ne peut expliquer cette hostilité curieusement tenace entre deux sociétés qui ont tant de points communs. Je suis toujours surpris de l'importance que l'on accorde aux efforts consentis par la France après la Seconde guerre mondiale pour concilier son passé de grande puissance et son nouveau statut nettement plus modeste. La France a été l'une des grandes puissances mondiales pendant plus de 200 ans, faisant jeu égal avec les empires britannique et ottoman, et a peut-être même été la plus grande l'espace de quelques années, aux grandes heures de l'époque napoléonienne.
La domination anglo-saxonne
La Seconde guerre mondiale et la disparition du colonialisme européen qu'elle a entraînée n'ont pas seulement humilié la France et affaibli son pouvoir. Ces événements ont également rebattu les cartes à l'échelle mondiale, reléguant la France à un statut de second ordre dont elle risque de ne plus jamais se défaire. La guerre froide a divisé la planète en deux blocs, l'Est et l'Ouest, cette dernière région étant dominée par la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. La France voyait ces deux pays comme les deux facettes d'une même pièce anglo-saxonne ; à ses yeux, l'alliance occidentale n'était pas un partenariat d'égal à égal entre les puissances occidentales, mais une forme de domination du monde anglophone. L'Hexagone avait l'impression d'être dépossédé de son statut de grande puissance.
Ce qui l'a amenée à concevoir, dans les années 1950 et jusqu'au début des années 1970, une politique extérieure qui écartait délibérément les autres pays occidentaux, en particulier les Etats-Unis. En 1966, elle s'est retirée du commandement intégré de l'OTAN et a fait fermer le siège de l'organisation à Paris, déclenchant une crise au sein de l'alliance occidentale à une époque marquée par de vives tensions entre les deux blocs.
La France ne veut pas être un acteur de seconde catégorie
Elle a aidé Israël à mettre sur pied un programme nucléaire dans le dos des autres pays malgré les protestations insistantes des Américains. Charles De Gaulle a même qualifié le programme nucléaire français de "stratégie de défense dans toutes les directions" et a fait circuler ses ogives dans le pays en permanence, laissant ainsi entendre qu'il était prêt à s'en servir pour se "défendre" contre d'autres pays occidentaux.
Et le feuilleton a continué. Si la France ne pouvait pas reprendre possession de son statut passé, elle pouvait au moins faire savoir à ses citoyens et au monde qu'elle n'était pas un acteur de seconde catégorie à la botte d'un ordre occidental gouverné par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Elle n'était peut-être plus une grande puissance, mais elle avait encore son propre pouvoir.
Le succès des saillies antifrançaises des Simpson n'est sans doute pas lié à l'hostilité des Américains vis-à-vis de la politique nucléaire française du général de Gaulle. Mais les quelque vingt années qui viennent de s'écouler, marquées par des tensions franco-américaines bien réelles et par les efforts volontaristes de la France pour se démarquer d'un ordre occidental dominé par les Etats-Unis, ont peut-être contribué à insinuer l'idée selon laquelle la France occupe une place véritablement singulière. Même s'il est probable que cette singularité ne soit pas celle que souhaitaient des gens comme De Gaulle. Or cette vision de la France pourrait perdurer.

http://www.courrierinternational.com/article/2014/02/13/aux-etats-unis-la-francophobie-n-a-pas-disparu?

mardi 11 février 2014

Obama went so far as to say that the U.S.-French alliance dating back more than two centuries, "has never been stronger."

U.S. President Barack Obama (R) and French President Francois Hollande address a joint news conference in the East Room of the White House in Washington, February 11, 2014. REUTERS/Gary Cameron
U.S. President Barack Obama (R) and French President Francois Hollande address a joint news conference in the East Room of the White House in Washington, February 11, 2014.
CREDIT: REUTERS/GARY CAMERON

(Reuters) - There were no "freedom fries" or any other remembrances from strained Franco-American ties in the past. Instead, it was dry-aged beef and plenty of bonhomie as President Barack Obama gave a lavish welcome to French President Francois Hollande.
Obama went out of his way to welcome Hollande at the White House on Tuesday, saying a few words in passable French, teasing the Frenchman for his formality and toying with the notion that U.S. ties with France are as close as they are with old ally Britain.
"It is always a pleasure to host Francois," Obama said at a joint news conference after wishing reporters a "bon apres-midi," which is French for good afternoon.
At a G8 summit at Camp David two years ago, Obama noted with a smile, "I was trying to make the summit casual, and Francois in true French style showed up in a necktie. We tried to get him to take it off."
Hollande was equally effusive, referring to "Mr. President, dear Barack."
The chumminess was not unexpected coming from two leaders who tend to see issues from the same leftward view. Obama went so far as to say that the U.S.-French alliance dating back more than two centuries, "has never been stronger."
Still, it was a noted difference from a decade ago when the Iraq war strained relations between the two countries, a time when "freedom fries" replaced French fries as a popular side dish in some American eateries.
"Let's just say that we've come a long way from 'freedom fries,'" said a senior Obama administration official.
Indeed, the menu for the state dinner featuring 350 guests in a heated tent on the White House South Lawn later on Tuesday will include dry-aged rib eye beef and American wines.
That Hollande showed up "tout seul," or all alone, was not talked about publicly. (...)
http://www.reuters.com/article/2014/02/11/us-usa-france-obama-hollande-idUSBREA1A24L20140211?


mercredi 15 janvier 2014

Non, la France n’est pas un pays en déclin

Quelle mouche a donc piqué Janine di Giovanni ? La journaliste porte un regard réducteur et caricatural sur la France, qui n’est pas sans rappeler une certaine presse tabloïde anglophone. Son propos est nourri d’anecdotes, de clichés et d’approximations.

Cette forme de "French bashing" étonne de la part d’une journaliste dont je sais l’attachement à notre pays. Pour preuve, elle a choisi d’y vivre. J’aimerais alors lui apporter quelques éclairages basés sur des données chiffrées plutôt que des ressentis. Les chefs d’entreprises américains que j’ai rencontrés lors de mon dernier déplacement aux Etats-Unis ont choisi d’investir en France car ils y trouvent un environnement favorable et stable : un personnel qualifié, des infrastructures modernes, des capacités d’innovation et une bonne qualité de vie pour leurs collaborateurs. Ce n’est donc pas un hasard si la France reste le quatrième pays au monde pour sa capacité à attirer des investissements étrangers.
Newsweek prétend que la France verrait ses forces vives la quitter. Rien n’est plus faux. Pour preuve, le nombre de nos compatriotes qui s’expatrient, de manière provisoire ou définitive, pour des raisons professionnelles ou personnelles, décélère. On est passé de + 4 % par an pour les dix dernières années à + 1,5 % en moyenne pour 2012 et 2013. Convaincus que la mobilité internationale constitue une chance, les Français continuent à saisir les opportunités qui s’offrent à eux à l’étranger. Ils reviennent cependant, pour la grande majorité d’entre eux, forts d’une expérience et de nouvelles compétences. Beaucoup brillent d’ailleurs par leurs talents dans des domaines très variés. Ils renforcent l’image positive d’une France innovante, créatrice, moderne, reconnue. Ceux qui réussissent sont nombreux et sont autant de relais de notre langue, culture mais aussi savoir-faire, services et biens. C’est le cas du nouveau propriétaire de Newsweek Etienne Uzac.
Ce média en ligne estime que la France est un pays en déclin. Elle est pourtant la deuxième économie européenne, la cinquième au monde, le sixième exportateur mondial de biens. Elle est au premier rang européen pour l’industrie aéronautique et le nucléaire, au second dans la chimie, au troisième dans l’agroalimentaire. Elle est la première destination touristique mondiale (83 millions de touristes), le premier pays européen créateur d’entreprises (550 000 en 2012), le deuxième pays au monde pour la qualité de vie, le quatrième pour la productivité horaire de sa main-d’oeuvre, dont le coût est inférieur à celui observé aux Pays-Bas, aux Etats-Unis ou en Allemagne (KPMG Choix concurrentiels 2012).
La France ne serait plus attractive. Elle est la première destination des investissements étrangers dans l’industrie et dans la logistique, le premier pays d’accueil des investissements américains créateurs d’emplois, mais aussi pour le soutien public à la recherche et développement. Elle compte plus de 20 000 entreprises étrangères qui emploient 2 millions de personnes (13,5% des salariés), dont un quart pour le seul secteur industriel qui représente 33 % des exportations et 29 % de la recherche et développement. Elle est aussi une destination très prisée par les étudiants étrangers.
La France n’offrirait plus de perspective d’avenir. Ses infrastructures et ses services publics sont sans égal dans le monde. Elle affiche un taux de pénétration du haut débit (35,5%) supérieur à l’Allemagne (33,8%) et au Royaume Uni (33,6 %). Notre pays dispose du premier réseau routier d’Europe (1 million de kilomètres) et occupe la deuxième place pour les lignes de chemin de fer à grande vitesse. En matière d’innovation, la France se classe au sixième rang mondial pour le dépôt de brevets. Je n’ignore pas pour autant les difficultés de notre pays notamment dans le domaine de l’emploi.(...)
Autant de faits qui éclairent d’un autre jour la réalité économique et sociale de la France, loin des pamphlets simplistes et biaisé que certains nous donnent à lire.

http://www.liberation.fr/economie/2014/01/14/non-la-france-n-est-pas-un-pays-en-declin_972771

lundi 13 janvier 2014

LE «PAW-PAW FRENCH», UN DIALECTE FRANÇAIS EN VOIE DE DISPARITION AUX ETATS-UNIS

Il n’y a pas qu’au Québec et en Louisiane que les Américains parlent français. Au fin fond du Missouri, un bastion de la francophonie, après avoir survécu pendant près de trois siècles, est en train de s’éteindre dans l’indifférence, comme le rapporte Al Jazeera America dans un article du 9 janvier 2014.
Le reportage d’Al Jazeera est centré sur le village d’Old Mines, Missouri (littéralement «vieilles mines», mais baptisée «la Vieille Mine» sur un panneau en français planté à son entrée), situé sur l’ancien territoire de la Louisiane française, laquelle était plus étendue que la Louisiane contemporaine, et englobait notamment les Etats actuels de l’Indiana, du Missouri et de l’Illinois en une région autrefois appelée «Pays des Illinois». Comme l’explique cette rétrospective de Geocurrents«Dans les écoles du Mid-Ouest, Le Pays des Illinois n’est guère plus (et souvent moins) qu’une mention au pied des pages des cours d’histoire».
publicité
Bien que la Louisiane française ait été vendue aux Etats-Unis par Bonaparte en 1803, les colons de la Vieille Mine arrivés dès la fin du XVIIe siècle «n’ont jamais quitté ce coin de l’Est du Missouri», et leurs descendants étaient encore dans les années 1980 «des centaines […] voire plus d’un millier» à parler un dialecte unique, le «paw-paw French» ou français du Missouri, comme le raconte Al Jazeera.
Parmi «peut-être la douzaine de personnes encore en vie sachant parler en paw-paw French», se trouve le musicien Dennis Stroughmatt, qui décrit le paw-paw French comme une passerelle entre le Français du Québec et celui de Louisiane, et déplore la perte d’un patrimoine très ancien:
«“La francophonie est en train de perdre son lien avec les années 1600” explique Stroughmatt. “Dans l’essentiel, le français parlé à Old Mines est un français normand-breton. Ça nous renvoie directement au Moyen-Âge, à la période médiévale. C’est ça qui sera perdu.”»
Que s’est-il passé depuis vingt ans, quand la Vieille Mine«semblait –et sonnait– très différente d’aujourd’hui »? Natalie Villmer, une habitante issue d’une des plus anciennes familles du village, raconte à Al Jazeera que le français que parlaient encore ses parents ne lui a pas été transmis: à leur époque, «parler le paw-paw French était devenu synonyme d’être ignorant, peu instruit, arriéré.»Ce qui n’a rien de surprenant selon le professeur Scott Gossett, chercheur en littérature francophone à l’université du Missouri:
«[Gossett] explique que lorsque les petites communautés comme Old Mines se sont industrialisées, il n’y avait plus besoin de parler français, et apprendre l’anglais est devenu une question de survie. (…) “Ce n’est que récemment, dans la seconde moitié du siècle à peu près, qu’on a commencé à voir la langue comme un atout et non un handicap.”»
Le reportage d’Al Jazeera inclut deux enregistrements sonores de ce langage en voie d’extinction: un chant traditionnel, «la guignolée», entonné par Natalie Villmer, et quelques mots en paw-paw French de Dennis Stroughmatt, dont vous pouvez également apprécier l’accent caractéristique dans la vidéo ci-dessous:




http://www.slate.fr/monde/82199/francais-missouri-paw-paw-french-dialecte-menace