jeudi 12 février 2009

Tourner à Hollywood ?




Pour un cinéaste français, l'usine à rêves est une forteresse aux codes mystérieux. Pourtant, quelques téméraires tentent l'aventure, comme Bertrand Tavernier ou Alexandre Aja (“Mirrors”). Avec plus ou moins de fortune…



Tourner à Hollywood ? Ce n'est plus le vieux mythe de la conquête d'un marché ultra-protectionniste, mais bien une réalité : chaque année, plusieurs cinéastes français tentent l'aventure d'un film américain. Il peut s'agir d'une commande venant d'une major, puisque le système de production hollywoodien est sans cesse en quête de nouveaux talents ; ou d'un projet plus personnel nourri d'une assidue cinéphilie trans­atlantique. Il n'est pas rare pourtant que l'aventure soit tumultueuse. Pour un Michel Gondry, à l'aise des deux côtés de l'Atlantique - et récompensé d'un oscar du meilleur scénario pour Eternal Sunshine of the spotless mind -, combien de cinéastes ont gardé un souvenir mitigé d'une expérience de travail radicalement différente ?

Au printemps 2007, Bertrand Tavernier s'installe en Louisiane pour y réaliser Dans la brume électrique. Cet amoureux du cinéma américain a déjà connu deux expériences outre-Atlantique : un documentaire, Mississippi Blues, et une fiction entre New York et Paris, Autour de minuit, « tournée avec une équipe française, comme un film français ». Cette fois-ci, l'envie d'un vrai film américain - quoique aux deux tiers financé par la France - est née de la découverte des polars de James Lee Burke, et de son héros récurrent, le détective de La Nouvelle-Orléans Dave Robicheaux. « Je ne voyais que Tommy Lee Jones pour le rôle, dit Tavernier, et il fallait s'y mettre vite, avant que l'acteur ne soit trop âgé. » Du coup, en quête d'un producteur local, Tavernier choisit celui de Trois Enterrements, Michael Fitzgerald, qui connaît bien la star. « Quelqu'un d'intelligent, de très cultivé, qui a travaillé avec John Huston, mais avec qui j'ai finalement eu des désaccords sur la vision du film. » Les divergences portent sur la forme du récit, jugée trop complexe pour le grand public américain. Après plusieurs mois de discussion, retardé encore par la grève des scénaristes (une voix off doit être écrite), Tavernier obtient la possibilité d'exploiter, hors des Etats-Unis, son propre montage. Cette version, présentée il y a quelques jours au festival de Berlin, sortira en France le 8 avril, tandis qu'aux Etats-Unis Dans la brume électrique passera directement par la case DVD.

“Tommy Lee Jones m'avait prévenu :
‘Relisez bien le script, parce que s'il est indiqué
qu'à l'arrière-plan il y a deux buissons,
il y aura deux buissons, pas plus, pas moins.’”

Imbroglio mis à part, le cinéaste a trouvé les méthodes de travail déconcertantes. « Les techniciens sont formidables, mais il n'y a pas cette notion très française d'équipe soudée par une aventure collective. Et puis il y a des rigidités à tous les stades, des règles bizarres. » En vrac, l'obligation de bloquer la moitié du salaire des acteurs avant accord, « d'où des agios que ma société a du mal à payer », une équipe lourde « avec plein de gens dont on ne sait pas très bien à quoi ils servent... », l'omniprésence des agents et des avocats, l'irruption sur le plateau d'un monteur qui contrôle en permanence le travail du metteur en scène, etc. Ce n'est pas toujours propice à l'inspiration : « Avant le tournage, Tommy Lee m'avait prévenu : "Relisez bien le script, parce que s'il est indiqué qu'à l'arrière-plan il y a deux buissons, il y aura deux buissons, pas plus, pas moins." Moi, je ne lis pas trop les descriptions, je me dis que si on trouve un lieu différent, plus approprié, on changera trois mots. Ça ne se passe pas comme ça... » Tavernier prépare déjà son prochain film... en France.

D'autres cinéastes n'ont simplement pas le choix de ne pas s'exiler... « Quand on a envie de tourner des films d'horreur, la France n'est pas le bon pays, explique David Moreau. Financée par les télés, notre industrie ne veut pas en produire, et de toute façon le public français ira d'abord voir un film d'horreur américain. » Pourquoi alors se refuser à qui vous tend les bras ? Début 2006, David Moreau a coréalisé avec Xavier Palud un petit film d'angoisse en français, Ils, tourné avec un budget dérisoire, mais qui tape dans l'oeil des agents et producteurs américains. « Après une projection au festival de Berlin, plusieurs grosses agences nous ont appelés. Le choc était violent : en France, on se bat pour rencontrer des décideurs, et là, ils voulaient tous nous voir... »



Début du conte de fées. Le tandem choisit un agent, se paye un billet pour Los Angeles, et fait le tour de l'industrie. « On avait quatre-vingts rendez-vous à assurer en quinze jours. Les studios nous envoyaient des scénarios, qu'on finissait de lire sur le parking, dix minutes avant le meeting. Et les types nous flattaient : "Vous êtes les nouveaux Hitchcock !" » Moreau et Palud atterrissent chez la toute-puissante Paula Wagner, l'agent qui a fait le succès de Tom Cruise, devenue productrice à la Paramount : à la clé, le remake d'un film d'horreur asiatique, The Eye, projet en attente depuis plusieurs années. Rencontre avec le pouvoir : « C'était dans l'ancien bureau d'Howard Hughes, raconte David Moreau. Je revois la scène : Paula Wagner nous attendait, à travers les persiennes le soleil couchant faisait briller sa chevelure. Elle nous a regardés un peu bizarrement : elle était en Prada de la tête aux pieds, nous, on était sapés comme des ploucs. »

Le rendez-vous débouche sur un accord. Moreau et Palud doivent alors se présenter devant le syndicat des réalisateurs américains, pour obtenir une dérogation. « Une grande salle, quarante personnes, dont Michael Mann, Robert Zemeckis, Cameron Crowe. Impressionnant. Un type à casquette, visage baissé, examine notre dossier : "Alors, comme ça, vous voulez réaliser à deux ? Il relève la tête, c'était Steven Spielberg." » Suivra un tournage plutôt idyllique, avec une jeune star motivée, Jessica Alba - « Elle n'en revenait pas qu'on ait envie de discuter avec elle de son rôle. Le conte de fées a pris fin au moment du montage : on n'avait pas fait le film qu'ils attendaient de nous, et ils nous ont lentement, mais sûrement, écartés du projet. » Les divergences sont esthétiques : « On avait tourné des plans en caméra subjective, où l'héroïne, qui venait de subir une greffe de cornée, voyait flou. Ils voulaient que l'image soit nette, qu'on voie bien la fille en train de dire "J'ai peur..." » Un monteur docile retourne les scènes manquantes, et le tandem est contraint de signer un film qui n'a plus grand-chose à voir avec le projet originel.

David Moreau est philosophe : « Pour un réalisateur américain, l'expérience doit être traumatisante. Nous, on peut toujours rentrer en France... » Comme l'a fait Mathieu Kassovitz, en bisbille avec sa star, Vin Diesel, et sa production, la Fox, sur Babylon A.D. Ou encore quelques jeunes espoirs de l'horreur à la française : Eric Valette, dont les deux films américains (One missed call et Hybrid) sont inédits chez nous, ou le duo Alexandre Bustillo et Julien Maury, réalisateurs de la série B gore A l'intérieur, qui ont bossé en vain sur deux projets américains. De cette génération-là, un seul a trouvé sa voie : Alexandre Aja, 30 ans, quatre films à son actif, dont deux américains, La colline a des yeux, remake d'un classique horrifique de Wes Craven, et Mirrors, avec Kiefer Sutherland. Là encore, c'est son deuxième film français, Haute Tension, qui a attiré l'attention des décideurs hollywoodiens. « Après la projection au festival de Toronto, raconte Alexandre Aja, j'ai été bombardé de scénarios. Mon scénariste et moi, nous avions l'impression d'être des enfants dans un magasin de bonbons ! Mais on s'est dit que l'important était d'écrire nous-mêmes et de participer à la production : en tant qu'auteurs, vous avez les réponses aux questions posées par les financiers, en tant que coproducteurs, vous participez aux réunions, aucune décision n'est prise sans que vous le sachiez. »



Sur chacun de ses deux films américains, le cinéaste a connu au moins « une confrontation violente, avec des menaces. J'ai tenu bon, et j'ai eu raison ». La difficulté est de savoir contre qui se battre. « Le grand problème avec le système américain, c'est qu'on n'a jamais accès à la personne qui prend les décisions : il y a un marais impénétrable de coproducteurs, producteurs associés, directeurs du marketing. Tous ont un avis divergent, et il faut trouver qui a vraiment le pouvoir. » Alexandre Aja a ainsi été obligé de se soumettre à l'épreuve des projections-tests. « J'avais peur de cette étape, je pensais que le procédé était dangereux, j'en suis moins sûr aujourd'hui. Quand vous débutez dans le cinéma, on ne vous dit pas à quel point une ligne de scénario peut devenir incompréhensible à l'image. Si trente personnes ne saisissent pas une intention, il faut penser à une nouvelle astuce de montage. Il ne faut pas être borné ! » Le succès mondial de Mirrors - plus de 80 millions de dollars de recettes - ouvre à Alexandre Aja des perspectives, toujours dans le cinéma de genre qu'il affectionne. Son prochain film sera américain et coûteux. Un film d'action, d'aventures et d'horreur en 3D : Piranha. Toute ressemblance entre les poissons carnivores et les cadres de Hollywood sera involontaire...

Et un film à 100 % financé par la France, mais qui ressemblerait comme deux gouttes d'eau à un film américain ? Avec Et après, thriller romantique surnaturel tourné entre New York et le désert du Nouveau-Mexique, Gilles Bourdos dit avoir fait plutôt « un film en Amérique ». Installé à New York pour des raisons personnelles, le réalisateur de Disparus et Inquiétudes, plutôt défendus dans ces colonnes, avait envie de filmer son pays d'adoption. « Je n'imaginais pas un film à Paris, qui est une ville monochrome. L'Amérique est un pays incroyablement coloré, et visuellement très découpé : à la verticalité de New York répond l'horizontalité des grands espaces. J'ai utilisé des focales très courtes, qui donnent une grande profondeur de champ, pour que l'on sente l'espace. » Choix plastique, mais pas seulement : le filmage comme le sujet, très new age, qui joue avec l'idée de destin, modifient sensiblement la place des protagonistes, qui deviennent les jouets du récit. Comme si, dans ce cas, s'opposaient une tradition française, plutôt existentialiste, qui donne une liberté aux personnages, et une tradition américaine, plus fataliste, où l'individu n'est qu'un point - un pion ? - au cœur de quelque chose de plus grand qui lui échappe. Remplacez personnage par cinéaste ou auteur, et vous comprenez tout du système américain...

http://www.telerama.fr/cinema/hollywood-meme-pas-peur,38994.php

mardi 10 février 2009

Un tournant vers le modèle européen

L'interventionnisme étatique prôné par le président américain pour relancer l'économie rappelle les discours de son homologue français. Une idée qui ne déplaît plus à la population.


Avez-vous remarqué que le discours de Barack Obama ressemble chaque jour un peu plus à celui du président français ? Lorsqu'il déclarait, le jour de son investiture, que l'heure n'était plus à se demander si le gouvernement était trop gros ou trop petit, il semblait faire écho à l'éclectisme philosophique de Nicolas Sarkozy, qui peut prendre la défense des marchés un jour et plaider le lendemain pour les champions publics de l'industrie. En qualifiant de "honteux" et d'avide le comportement de Wall Street, le président américain n'a fait que répéter ce que les Français pensent depuis toujours et s'est inscrit dans le droit-fil des récents propos de Nicolas Sarkozy, pour qui il serait "insensé" de croire que les marchés ont toujours raison. En soutenant le principe du Buy American [acheter américain] pour que les milliards de dollars que le gouvernement investira suite au plan de relance de l'économie profitent aux entreprises nationales, l'administration Obama reprend une vieille tradition française de "patriotisme économique". Et, quand le nouveau président américain parle de limiter à 500 000 dollars [387 000 euros] le salaire des dirigeants des sociétés financières renflouées par l'Etat, il leur impose une réduction drastique que Sarkozy a déjà obtenue en janvier, lorsqu'il a convaincu les principaux banquiers français de renoncer publiquement à leurs bonus.

Le discours et les décisions de Barack Obama montrent à quel point le climat a changé au cours des derniers mois. Jusqu'à la crise financière de l'automne 2008, ce genre de plaidoyer en faveur du protectionnisme et contre les milieux d'affaires était surtout l'apanage de l'extrême gauche, et il n'était pas question de remettre en question l'idée que l'affaire de l'Amérique, c'est précisément de faire des affaires. Aujourd'hui, les spécialistes réexaminent les relations entre l'Etat et le secteur privé avec une ardeur qu'on ne leur avait pas vue depuis que Ronald Reagan avait déclaré que "le problème, c'est le gouvernement". Le plan de relance de près de 1 000 milliards de dollars actuellement examiné au Congrès s'inscrit dans le débat sur le rôle que devra désormais jouer le gouvernement fédéral dans ce qui a été pendant des décennies le domaine réservé des intérêts privés. Et, s'il n'est pas possible de savoir précisément de quoi demain sera fait, on voit néanmoins dès à présent s'esquisser les contours d'un nouvel ordre économique.

Une des conséquences les plus durables de cette crise devrait être un glissement continu vers ce qu'on pourrait appeler une forme de gouvernance à l'européenne, mêlant réglementation et paternalisme. Déjà le gouvernement monte en puissance, les projections des dépenses publiques montrent que les Etats-Unis devraient se rapprocher des moyennes européennes dans les deux ans à venir. Pour être plus précis, en l'absence de secteur privé solide (et de confiance du public envers les milieux d'affaires), le gouvernement américain va être contraint de prendre la relève et d'engager fermement des entreprises dans diverses voies. Il devra encadrer certaines industries (notamment les secteurs banquier et automobile), en privilégier d'autres, comme les énergies propres, en leur offrant des prêts et des crédits et transformer divers secteurs – comme la santé ou les retraites – en quasi-chasses gardées. Selon Ken Rogoff, économiste à Harvard, les Etats-Unis devraient se diriger vers un "système de redistribution plus centralisé, comme en Europe", avec une plus grande considération pour l'environnement, plus de réglementation et plus de protectionnisme. "Je considère les élections américaines de 2008 comme un tournant vers le modèle européen", ajoute-t-il.
L'opinion publique américaine semble elle aussi favorable à une politique permettant au gouvernement de pallier les déficiences du secteur privé. Un récent sondage Gallup révèle que les Américains n'ont jamais eu aussi peu confiance dans les institutions financières depuis 1985 (date à laquelle l'institut a commencé à leur poser la question). Aujourd'hui, 68 % des Américains souhaiteraient voir diminuer l'influence des grandes entreprises, contre 52 % en 2001. Une autre étude indique que 69 % des Américains pensent que le gouvernement devrait faire davantage pour aider les personnes les plus fragiles, alors qu'ils n'étaient que 57 % à penser la même chose en 1994. Ainsi, outre l'extension du filet de sécurité sociale, le gouvernement devra assumer davantage de responsabilités pour inciter les entreprises à réaliser des objectifs jugés bénéfiques pour l'ensemble de l'économie du pays.

Il ne s'agit donc pas d'imiter l'étatisme qui permet à certains gouvernements européens de tenir fermement les leviers de certaines entreprises privées. Mais ce n'est qu'une question de degré. Le plan de sauvetage des trois grands constructeurs automobiles de Detroit était essentiellement une mesure protectionniste prise aux dépens des fabricants étrangers, et elle n'est pas sans rappeler la décision très controversée, prise en 2004 par Nicolas Sarkozy alors qu'il était ministre des Finances, pour protéger les intérêts du géant Alstom. Stephen Roach, économiste en chef de Morgan Stanley, explique qu'une récession prolongée ne pourra que renforcer "l'intervention de l'Etat dans l'économie", notamment sous la forme du protectionnisme. "Mais l'Amérique n'est pas la France, ajoute-t-il. Nous ferons ça à notre manière – mais, quoi qu'il arrive, le gouvernement fort est de retour."
(...)

Michael Freedman et Tracy McNicoll
Newsweek

lundi 9 février 2009

ÉTATS-UNIS • Les grands vins jugés au pif

Chaque année, les plus grands connaisseurs de vin de Californie se réunissent pour rendre leur verdict. Mais des études montrent qu'ils se trompent… aveuglément, comme s'en amuse Der Spiegel.


Lors de la California State Fair, œnologues, critiques, vignerons et autres spécialistes s'attellent à une tâche herculéenne : goûter pas moins d'un millier de crus, rouges et blancs. Ils évaluent le bouquet du vin pendant les quelques instants suivant le premier contact, avant de le recracher. Puis ils décernent les médailles.

C'est l'heure de vérité du plus vieux concours de vins d'Amérique du nord. Emporter une médaille d'or signifie aussi décrocher un joli magot, car les acheteurs se fient au jugement des dégustateurs de vin. Mais pourquoi, au fait ?

Le chercheur californien Robert Hodgson vient de réaliser la première étude sur les compétences des dégustateurs qui jugent nos vins. Lors d'une dégustation à l'aveugle, il a servi le même produit à trois reprises, à différents moments. Publiés voici peu dans le Journal of Wine Economics, les résultats montrent ceci : rares sont les dégustateurs qui se sont aperçus de la ruse. Pis : leurs appréciations varient énormément.

Seuls 10 % des juges ont donné une appréciation similaire chacune des deux fois où ils ont goûté le même produit. Les autres lui ont attribué une évaluation tantôt meilleure, tantôt moins bonne, en fonction de l'humeur du moment, semble-t-il. Les plus mauvais sujets, au total 10 % des juges, paraissent avoir tout bonnement jugé au pif : après avoir déclaré qu'une bouteille méritait la médaille d'or, ils l'ont qualifiée de médiocre lors de la seconde dégustation.

L'attribution d'une médaille dépend donc avant tout du hasard, non de la qualité du vin. Telle est la conclusion publiée par Robert Hodgson. La réaction des organisateurs de la California State Fair ne s'est pas fait attendre.

Les goûteurs jugés incompétents seront éconduits, tandis que les autres devront prendre soin de leurs papilles gustatives ; désormais, ils ne goûteront pas plus de 75 vins par jour, contre 150 jusqu'à présent. Mais rien ne prouve que leurs jugements en seront plus justes. Car les êtres humains n'ont simplement pas les qualités requises pour établir avec fiabilité ce type de jugement, pas même les "experts".

Les dégustations à l'aveugle sont un exercice de haute voltige. Seule constante, leurs résultats souvent dégrisants !

Il y a deux ans, les grands jurés de R. Hodgson ont couronné un cru distribué par Trader Joe's, le cousin américain de Leader Price, comme le meilleur chardonnay de Californie. Cette bouteille de piquette industrielle à 2 dollars leur est apparue maintes fois plus délicate que ses rivales de la vallée de Napa…

Même les spécialistes les plus chevronnés se trompent souvent de façon grossière lors des tâches basiques de la dégustation à l'aveugle – ce qui pousse les critiques à qualifier ce travail de masochiste. Privés de la vue, les goûteurs ne parviennent pas toujours à distinguer les différents cépages et confondent allègrement un cabernet sauvignon avec un merlot. Qui plus est, rares sont les vignerons qui savent reconnaître leur propre produit parmi une sélection de crus similaires. Le chercheur français Gil Morrot a servi à 54 spécialistes de bordeaux du vin blanc traîtreusement coloré en rouge. Lors de l'examen olfactif, aucun n'a remarqué la tromperie.

Juger un vin est une affaire fort complexe, où les arômes ne jouent souvent qu'un rôle secondaire. Une équipe de psychologues de Mayence a récemment montré que même la couleur de la lumière ambiante pouvait être déterminante. Au final, rien n'est aussi important que le prix. Plus un vin est cher, meilleur apparaîtra son bouquet. Et ce sont justement les spécialistes qui risquent de juger sur l'étiquette. Un vin moyen dans une bouteille hors de prix peut leur sembler divin, tout simplement parce qu'un nom prestigieux, comme Château Petrus, les émoustille à tel point que le vin n'a plus à les convaincre. De même, les formules suggestives telles que "Grand Cru classé" améliorent considérablement la "qualité" d'un produit.
Lors de son étude, R. Hodgson a observé les performances des dégustateurs durant quatre années et constaté ceci : rien n'empêche le meilleur juge d'une année de faire chou blanc l'année suivante. Et si les mauvais goûteurs de vin sont légion, les bons goûteurs n'existent pas.

jeudi 5 février 2009

Taken




Luc Besson, lui-même, n'en revient pas : Taken , le film qu'il a produit et co-écrit avec Robert Mark Kamen, s'est installé en tête du box-office américain avec 24,6 millions de dollars de recettes à l'issue du premier week-end. C'est la troisième fois en dix ans que Luc Besson parvient à se hisser au sommet des entrées en Amérique après Le Cinquième Élément et Transporteur 2 . Il n'y a pas d'autres exemples français. "J'ai reçu une quarantaine de messages de félicitations en provenance des États-Unis, a confié Luc Besson au point.fr. Pas un seul de France."

Car Taken, bien que tourné en anglais avec un acteur irlandais (Liam Neeson), est un film tout ce qu'il y a de plus français : le tournage a eu lieu à Paris, avec des techniciens français et de l'argent français. En l'occurrence, c'est M6 qui a acquis la première diffusion du film pour 1,3 million d'euros hors taxes. Canal+ a investi, pour sa part, 2,2 millions d'euros. "Ce qui a touché les gens, ce n'est ni l'acteur, ni la virtuosité du scénario, c'est l'histoire : un homme prêt à tout pour retrouver sa fille enlevée par un gang", a souligné Luc Besson.

Aux États-Unis, Taken réalise également le deuxième meilleur score d'ouverture de tous les temps pour un week-end de Superbowl, et le meilleur démarrage jamais réalisé par un film français pour son premier week-end d'exploitation aux USA. En France, le film, sorti il y a 11 mois, avait enregistré plus de 1 million d'entrées en salle. Taken a depuis été distribué dans 43 autres territoires en 2008 : 69 millions de dollars de recettes à ce jour.

http://www.lepoint.fr/actualites-medias/luc-besson-numero-1-au-box-office-americain-avec-taken/1253/0/313169

mercredi 21 janvier 2009

L'obamania et ses vertus cachées




(...)

Ceux qui se précipitaient pour railler la bigoterie de George W. Bush ne disent rien, ce mercredi matin dans les journaux, des constantes références à Dieu dans le discours d'investiture de Barack H. Obama. Le nouveau président a tout d'abord prié, en communion avec la foule, avec le pasteur évangélique Richard Warren. (malaise : ce pasteur intégriste compare le mariage gay à un inceste et l'avortement à un "holocauste".) Il a ensuite prêté serment sur la Bible de Lincoln. Dans son discours, il a cité la Bible ("Pour rester un pays jeune, comme le dit la Bible, le temps est venu de mettre de côté les enfantillages"), a promis "d'être à la hauteur de la promesse de Dieu", s'en est remis à sa "grâce" avant de conclure: "Que Dieu nous bénisse. Et que Dieu bénisse les Etats-Unis d'Amérique". Ce qui était insupportable à entendre hier, singulièrement pour la gauche française, ne fait visiblement plus problème. Passons.

Les belles âmes, qui voient dans la nation un gros mot et ne jurent que par un cosmopolitisme impensé, prendront-elles exemple sur l'extraordinaire ferveur patriotique qui s'est donnée à voir mardi? Obama n'a pas craint de réaffirmer "la grandeur de la nation", d'en appeler à son histoire, à son style de vie et à l'héritage des "pères fondateurs". Or, la célébration du "peuple américain" vient rappeler les réticences du politiquement correct à louanger pareillement le "peuple français". Comme le remarque mon confrère Guy Konopnicki dans un bon livre qui vient de sortir (La banalité du bien, Editions Hugo et Cie): "Les élites, surtout quand elles sont de gauche, cultivent le mépris du peuple. Elles peuvent soutenir tous les peuples, excepté le peuple français. Elles ne le connaissent plus et elles ont renié son mythe unificateur". L'obamania ira-telle jusqu'à faire redécouvrir la France? Ce serait là son autre vertu.

http://blog.lefigaro.fr/rioufol/2009/01/lobamania-et-ses-vertus-cachee.html

--------------

En effet, quand les américains disent "Les américains d'abord", personne n'est choqué mais si un politicien français ose un: "Les français d'abord", il se fera immédiatement traiter de fasciste.

--------------

Lois raciales

(...)

Même la société postraciale et métissée, que veut symboliser le 44e président, ne correspond pas aux réalités: un rapport révèle, ces jours-ci, le constant recul, depuis 1991, de l'intégration dans les écoles des États-Unis, où les Noirs et les Hispaniques ont de plus en plus tendance à se retrouver entre eux, confirmant l'échec de la diversité déjà décrit par le sociologue Robert Putnam.

(...)
Autre chose encore, à propos de cette obamania assommante : tandis que le nouveau président cherche à "déracialiser" la politique américaine, c'est le but inverse qui est défendu par ses soutiens en France. Ceux-là réclament le recours aux critères ethnoculturels comme élément de promotion, comme si la couleur de la peau et la religion avaient à voir avec la compétence et le mérite. Yazid Sabeg, le commissaire à la diversité, en est à suggérer, sérieusement, le recours à la photographie pour mesurer des compositions ethniques, tandis que le Conseil des associations noires (Cran) demande au pouvoir "d'accélérer la mise en place du plan pour la diversité". L'obamania, qui veut introduire des lois raciales en France, entame une régression dont l'État ferait bien de s'inquiéter.

Certes, Sabeg a raison quand il met en garde, mercredi, contre la société en train de se "fractionner". Mais le communautarisme s'aggravera s'il est encouragé dans son repli par une politique flattant les différences. Ne serait-il pas temps de revenir à ce qui constitue le socle du "peuple français", qui fait pâle figure à côté du "peuple américain" soudé derrière son drapeau ? "J'en ai par-dessus la tête d'aller soutenir de justes causes nationales partout dans le monde et d'assister, impuissant, à la disparition de tout ce qui unifiait le peuple français, le nôtre", s'insurge Guy Konopnicki (La Banalité du bien, Hugo et Cie). Ce n'est pas son métissage qui rend Obama exemplaire, mais son choix d'adhérer totalement à l'identité américaine.

http://blog.lefigaro.fr/rioufol/

------------------

mardi 20 janvier 2009

The Minitel was the precursor to the World Wide Web





The French were on the right track all along


When people ask me what the Internet -- and in particular Web 2.0 -- is really all about, I sit them down and tell them a story. It goes a bit like this.

In the late 1970s there were no iPods. There were no smartphones. There was no Internet. Well, there was but it was confined to small parts of the U.S. and used only by a bunch of academics, spooks and Grateful Dead fans in California.

The French, however, had a slightly different problem. France Telecom had been busy tackling a chronic shortage of phone lines that had put the country on a par with the developing world. This in turn had created another problem: With all the new telephone lines, getting through to directory enquiries was likely to take you an hour, and would cost you a dollar.

They also hadn't fully considered another implication of adding more phone lines: Bigger and more phone books. They estimated that by 1979 they would need 20,000 tons of paper to print enough directories, by 1985, 100,000 tons.

So they proposed something revolutionary: A small terminal in everyone's home, connected to the phone network, with its own little screen and keyboard so people could look up telephone numbers online on their own. People could also view stock market information, news and other information services. They called it the Minitel. By the summer of 1980 it was ready and pilot tests went ahead in three cities.

One of them was in Strasbourg. It was a small test involving only a few dozen users -- most of them single people in one apartment building on the edge of the city. But first the users had to figure out the system. Now the Minitel was pretty straightforward; there was a screen and a little keyboard to type commands and search. But in 1981, this was all very new. People got confused.

Michel Landaret was the man responsible for the Gretel network. He and his team were watching users online. He could see people were having problems. People kept entering the wrong commands.

So he told his engineers to develop a way for them to send messages to users as a kind of online help system. The message would appear in a line at the top of the user's screen. The user could then send a message back. The system worked; users were no longer confused and started getting the commands right.

Then one day in October 1981, a computer nerd dropped in on a friend, who happened to be one of the early testers of the Minitel Gretel. He was eager to try out the system and quickly zeroed in on one feature -- the online help system.

But he wasn't interested in sending messages to the Gretel engineers. He wondered if it was possible to send a message to other users. He played around a bit, and found a way to do it. The other person sent a message back. He tried sending messages to other users. Soon messages were flying to and fro between users.

The engineers were watching all this. Somewhat alarmed, they told their boss. Landaret came and watched over the shoulders as the messages popped around the system. One of the engineers recommended plugging the hole to stop this unexpected activity.

Landaret paused. He asked whether these messages were endangering the system. No, said one of the engineers. Well, leave it then, Landaret replied. Let's just watch and see what happens.

They watched as more and more messages moved around. Pretty soon more or less everyone on the network was talking to one another. In the apartment building itself, life was transformed. The nights were long and depressing, the town center was far away and expensive to get to, residents didn't really know each other and so didn't talk to each other in the hallway.

But online everything had become different. Users gave themselves fancy names -- Princess, Man in Black, Golden Beetle, Blue Whale. One user was an 85-year-old woman, who enjoyed chatting up much younger men. Two Gretel users married each other.

Landaret watched what was happening and realized that this was what the system was for. Phone directories, databases and information was not what these people were using the system for. In the town of Velizy, where there was no way for users to communicate with each other, the system was racking up about 200 hours per day of connection time. Gretel was racking up 700. At US$12 per hour, this was not cheap: Pink Minitel, as it was known, was addictive. One woman ran up a monthly bill of $14,000.

Minitel was officially launched in 1984 and within a few years had become a national network. There were 23,000 services available including data banks, electronic shopping, home banking, games and administrative services. It was used by one in four French households and one-third of the adult population.

But by far the most popular were the more than 1,000 chat services -- and in particular sex chat services, accounting for eight percent of all calls and 19 percent of time spent on Minitel -- so much so that they crashed the network on at least one occasion.

At its height, more than seven million Minitel terminals had been installed around France.

For 15 years the Minitel went on unchanged. It was only at the beginning of last year, with the Internet having penetrated every corner of the world, that the last Minitel was unplugged and the system was closed down. You can now find Minitels in rubbish skips. (The French phone directory, however, is still available in paper form.)

Why do I tell this story? Because, of course, the Minitel was the precursor to the World Wide Web. Not just because it was a network. Not just in the fact that it hooked people up, but that it showed how bad engineers, government planners, think tanks and companies were at understanding what people wanted technology for. They all thought Minitel was an information delivery system.

But its users wanted to use it as a system to reach other people -- a social network. These are lessons that we, through Web 2.0, have only just started to learn. Minitel showed us exactly how the Internet would turn out, if only we'd been listening. The Web is about self-expression. About connecting. About sharing.

And, I guess, a bit about love.

Jeremy Wagstaff writes for The Wall Street Journal Asia and the BBC World Service.

http://www.thejakartapost.com/news/2008/06/09/the-french-were-right-track-all-along.html

Quand Newsweek salue le modèle français



The Last Model Standing Is France

Les Etats-Unis en général et la presse américaine en particulier ne sont jamais très tendres avec la France. Le pays est jugé arrogant, d'autant plus que ses intellectuels, et parfois ses gouvernants, s'estiment dans l'obligation quasi-philosophique d'éreinter le "système" américain. En règle générale, donc, la guerre des systèmes fait rage. Il y a toutefois des exceptions notoires. Personne n'a oublié, quelques mois après l'invasion de l'Irak et le très violent désaccord entre Paris et Washington sur cette initiative, l'article publié par le National Journal et intitulé: "les Français avaient raison".

Cette fois, c'est Newsweek qui fait amende honorable avec un édito intitulé "Le dernier modèle debout: la France". En pleine crise financière (née à Wall Street) et à l'orée d'une récession qui s'annonce très sévère outre-Atlantique, avec des milliers de faillites et des millions de chômeurs en plus, le magazine ouvre ses colonnes à Holger Schmieding, l'économiste en chef chargé de l'Europe à Bank of America.

Pour lui, pas de doute, le modèle britannique a échoué: en "mettant le turbo pour doper le cycle économique au moyen d'un endettement public ou privé excessif", Gordon Brown a mis les ménages en danger. Pour sa part, le modèle allemand – orthodoxie monétaire et fiscale – n' a pas donné de meilleur résultat, surtout parce que c'est celui de la Banque Centrale Européenne. Autant, explique l'auteur, la BCE a eu raison de ne pas baisser les taux autant que la Fed, évitant ainsi à l'Europe l'implosion du mécanisme de crédit immobilier, autant elle n'aurait pas dû les augmenter à mi-2008, au moment où le pétrole était à son plus haut. Cette dureté façon Bundesbank "a affaibli l'économie au pire moment". Même un pays solitaire comme le Danemark, souvent loué pour sa politique économique "moderne", a dû trouver de l'aide auprès de la BCE fin 2008 quand sa monnaie a été attaquée.

Non décidément, c'est le "pragmatisme à la française" qui a le vent en poupe. L'habitude que les gouvernants français ont d'intervenir dans l'économie au profit de certaines industries et d'objectifs strictement nationaux a souvent été accueillie avec un "profond scepticisme" à l'étranger, mais il redore son blason quand l'heure est aussi grave. La "méfiance très française à l'égard des forces du marché" est aujourd'hui largement validée par la brutale contraction du crédit et la mise à nu des dérives de la haute finance. Encore que, glisse ensuite Schmieding, plus perfide, "un examen plus précis montrera que tous les excès du marché découlent souvent de mauvais signaux envoyés par les gouvernements et les banques centrales".

La chute de l'édito, on s'en serait douté, est donc moins laudatrice. Certes le modèle français est à la hausse, mais cette renommée est une... mauvaise nouvelle. Car si l'interventionnisme au coup par coup se répand, l'Europe pourrait devoir "payer un prix élevé en terme d'opportunités et d'innovations perdues". L'Europe risquerait alors de sortir de la crise "déclassée" à nouveau face à des Etats-Unis plus flexibles et donc mieux équipés pour rebondir.

Démonstration intéressante, mais un peu courte. Schmieding escamote un élément important. Les Américains, en dépit d'un marketing planétaire habile qui les fait passer pour des libéraux sans états d'âme, savent être aussi interventionnistes et pragmatiques que les Français, et surtout, aussi nationalistes. De leur politique agricole à leurs aides à la sidérurgie, en passant par le soutien récent aux banques, les exemples abondent. Sans oublier les centaines de milliards de dollars que les contribuables ont mobilisés pour aider les banques et soutenir l'économie. Bref, derrière les slogans, la frontière entre les systèmes est plus floue qu'il n'y paraît.

http://www.e24.fr/chroniques/article45285.ece